Maghreb : les gesticulations de monsieur Salvini

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Avant Alger et Rabat, Matteo Salvini s'est rendu à Tunis. Le ministre de l'Intérieur italien est venu parler de ses marottes : immigration irrégulière et expulsions. La bataille a pourtant été menée, depuis 2016, par les deux coalitions du Parti démocrate.



Il n'est resté qu'une poignée d'heures sur le sol tunisien. Le matamore italien, le Tartarin du Viminal, le tonitruant Salvini a fait l'aller et retour en une matinée. Deux visites à l'agenda : le président de la République et le ministre de l'Intérieur. Un rendez-vous était prévu avec le chef du gouvernement Youssef Chahed, mais le ministre de l'Intérieur italien a préféré écourter sa visite. Chahed, coincé par l'inauguration du forum tuniso-libyen, n'a pu se libérer. On a cru à un mouvement de mauvaise humeur, ce n'était qu'un souci d'emploi du temps. Pourtant, d'une phrase articulée en juin dernier, Salvini avait fait le nécessaire pour heurter les autorités tunisiennes.



Vingt-quatre heures après sa prise de fonction au palais de Viminal, le leader de la Ligue du Nord déclarait, avec sa finesse diplomatique légendaire, que « la Tunisie est un pays libre et démocratique qui ne nous exporte pas des gentlemen, mais des criminels ». À Tunis, on apprécia fort modérément. Trois mois et demi plus tard, le jet de l'emblème de l'extrême droite européenne se posait sur l'aéroport de Tunis-Carthage. Une volonté affichée : stopper le départ des candidats à l'immigration illégale, 4487 Tunisiens arrivés depuis le début de l'année, et doper les expulsions des Tunisiens en situation irrégulière.

En moyenne, ce sont quatre-vingts Tunisiens qui sont expulsés d'Italie chaque semaine. Près de trois mille neuf cents par an. On est loin du tsunami migratoire évoqué par les nouvelles autorités de Rome. Le précédent gouvernement, casaque Parti démocrate, avait agi pour juguler les flots de migrants provenant d'Afrique via les pays du Maghreb. Au point de dealer avec toutes les composantes libyennes – des multiples autorités politiques jusqu'aux industriels de la migration. Le garrot mis en place par les gouvernements Renzi et Gentiloni fonctionne : 93 000 arrivées en 2107, 17 000 en 2018. Le Maroc devient la plaque tournante de l'immigration illégale et l'Espagne, la première destination. Ce qui provoque des tensions entre certains États membres de l'Union européenne, les droits de l'homme ayant une signification à géométrie variable selon les capitales.
L'enjeu des élections européennes

Après la Libye et la Tunisie, il doit se rendre au Maroc et en Algérie. Il évoque un plan d'aide d'un milliard d'euros afin de stimuler les économies d'Afrique du Nord. Message sous-jacent : fixer les populations sur place. Et envoyer un message de fermeté à son électorat avant les élections européennes de mai 2019. Le nombre de ressortissants provenant des pays tiers a singulièrement baissé en 2017 : - 5,5 %, 217 000 individus en moins. L'OIM (Office international pour les migrations) indique, pour sa part, que le nombre d'arrivées irrégulières par bateau a été divisé par deux : désormais 50 000. Et l'Espagne est devenue la première destination. Matteo Salvini se présente en rempart contre l'immigration irrégulière. Mais, chut, c'est le Parti démocrate qui a fait le boulot.

ATM

Lu 27 fois Dernière modification le Dernière modification le octobre 04 2018

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